Sept jours ont passé depuis le terrible séisme en Haïti. Un tremblement d’à peine une minute qui a complètement détruit une capitale comptant près de quatre millions d’habitants. Tout s’est effondré comme un château de cartes. Haïti se relève à peine de ce terrible cauchemar et n’arrive même pas à dénombrer ses morts, tellement le bilan est catastrophique. Une semaine après l’événement, on ne mesure pas encore toute l’ampleur de ce désastre naturel. Les images qui nous parviennent de la petite île des Antilles ne finissent plus de nous bouleverser : des corps gisant sur le bord de la route, des gens empoussiérés qui n’ont plus d’eau, des enfants orphelins qui pleurent dans des abris de fortune. Tout est tragédie, tout! Des scènes apocalyptiques diffusées en continue inondent nos écrans de télé. C’est l’enfer, quoi!
Nous avons tous des Haïtiens, des Haïtiennes parmi nos connaissances ou presque. Tellement nombreux au Québec, les Haïtiens font partie de nos réseaux d’amis, de notre univers quotidien. La plupart d’entre nous sommes démunis devant une telle catastrophe. Que pouvons-nous faire sinon de partager un peu de notre avoir, de consoler nos amis ressortissants et de prier. L’aide internationale bat son plein, mais manque encore de coordination, de cohésion. Tout le monde se lance dans la mêlée et les avions remplis de cargaisons salvatrices ne peuvent même pas atterrir sur l’île dévastée. La distribution d’eau et de vivres fait face aux pillages pernicieux qui suscitent, nous le comprenons, la colère légitime chez les plus démunis. Tout le monde essaie de rester en vie, de survivre quoi. Malgré les difficultés sur le terrain, les recherches se poursuivent sans relâche pour découvrir sous la masse des décombres un peu de vie.
La reconstruction sera longue, très longue, mais elle ne pourra se faire sans la participation intense de la communauté internationale et surtout du peuple haïtien. Saviez-vous que plus de 7000 Canadiens se trouvaient en Haïti lors du séisme? Plus de 1300 ressortissants canadiens manquent encore à l’appel. Le Premier Ministre Harper, discret depuis le début de ce drame, a pris enfin la parole samedi dernier accompagné d’une kyrielle de ministres pour annoncer le plan mis de l’avant par notre pays. Il me semble que le message arrive un peu à la remorque des autres pays. Il ne faut oublier que la Gouverneure générale de ce pays est d’origine haïtienne. Le Canada devrait être un leader dans cette situation dramatique puisque le pays accueille une des plus grandes diasporas haïtiennes du monde et que le nombre de Canadiens est imposant dans ce pays dévasté. Les bonnes relations de notre pays avec le peuple haïtien se sont intensifiées depuis une quarantaine d’années.
Les États-Unis semblent s’imposer en maître et, selon certains analystes, en conquérant. Plusieurs voix parlent même de la mise en place d’un plan de reconstruction sur le modèle du plan Marshall lors de la reconstruction de l’Europe après la Seconde guerre mondiale. Tout cela m’apparaît un peu rapide, prématuré. Laissons au peuple haïtien le soin d’exprimer ses attentes et ses nécessités. Prenons d’abord le temps de fournir les besoins essentiels en vivres, en eau potable et en médicaments. Quand une population souffre et qu’elle n’a pas l’essentiel pour vivre, cela peut engendrer des débordements de colère, de violence même. Dans certains quartiers de Port-au-Prince, l’usage de gaz lacrymogènes s’est imposé pour dissiper des pilleurs. La peur des pilleurs effraie les plus démunis et s’avère l’un des facteurs ralentissant la distribution de l’aide humanitaire tellement essentielle.
La sécurité du pays est assurée par l’ONU et la police internationale, durement frappées par de nombreuses pertes de vie dans ce séisme. Le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon parle « d’une des plus graves crises depuis plusieurs décennies ». Plus les jours avancent, plus la liste des disparus s’allonge et pourrait dépasser les 100 000 morts. Près de 2 000 secouristes sont à l’œuvre 24 heures sur 24 avec 161 chiens renifleurs. Je reste émerveillé de tous ces efforts mis de l’avant par la communauté internationale. L’élan de générosité est fantastique, voire exceptionnel. L’être humain est capable du meilleur dans ces circonstances.
Le peuple haïtien est profondément religieux. Sa foi est vive et démonstrative. Imaginez, dimanche dernier, une messe fut célébrée dans les décombres de la cathédrale de Port-au-Prince où a péri l’archevêque, Mgr Joseph Serge Miot, âgé de 63 ans, ainsi qu’un de ses vicaires généraux. Entassés dans les ruines de cette imposante cathédrale Notre-Dame au cœur de cette lugubre ville qu’est devenue Port-au-Prince, les participants remerciaient Dieu d’être toujours vivants. Pour ce petit peuple marqué au fil des décennies par la misère, la souffrance, la pauvreté et de façon outrancière par la violence, la dictature, il ne reste que la foi pour vaincre la peur et garder espoir. Haïti, ton peuple meurtri lance au monde un message exceptionnel de courage et de foi. Puisse-t-il être entendu au quatre coins du monde. « Kenbé fèm pal age! » Ne lâchez surtout pas!