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Jan
22
2010
Le monde à un dollar

Le mois de janvier tire à sa fin et le dollar canadien maintient sa vigueur sur les marchés. Le huard a atteint un niveau fort respectable à ,97 cents US, presque à parité avec son concurrent américain. Tous les savants analystes et les plus avisés des observateurs de notre économie mal en point et vacillante, le répètent depuis des semaines, l’année 2010 devrait signifier la reprise des affaires, de l’économie en général. Mais pour l’humble travailleur, il est légitime de se demander qui, au juste, profitera de cette reprise souhaitée. La récession a la couenne dure comme on dit dans les milieux populaires.

 

« Lorsque l’on se compare, l’on se console » diront certains pour relativiser à bon escient les choses et minimiser les grognements d’une population de plus en plus à cours de liquidités. Les foyers canadiens sont dangereusement endettés et cela n’augure rien de flamboyant pour le futur de l’économie du pays. La reprise s’annonce de toute évidence plutôt hésitante et assez prudente. Toutefois, il faut bien l’avouer, le Québec a su s’en tirer assez bien malgré tout. En fait, s’il n’y a pas de croissance du pouvoir d’achat, il n’y aura pas de reprise en perspective. La grande inconnue dans cette reprise vivement espérée reste inexorablement le marché du travail qui ne donne pas encore de réels signes de reprise. Ne l’oublions pas, le marché vit avec les injections massives gouvernementales, un vrai respirateur artificiel qui finira par manquer de courant. Les consommateurs achètent moins et courent les aubaines. Les marchés au dollar font de bonnes affaires. Mais, entre nous, que peut-on s’acheter avec un dollar aujourd’hui?

 

Dans la plupart des restaurants et les distributrices automatiques, impossible de se procurer un petit café pour un dollar. Le seul endroit où le dollar est roi, c’est bien chez Dollarama. Mais pour combien de temps? Qui ne connaît pas cette chaîne de magasins, arborant les couleurs vert et jaune, offrant à des prix dérisoires papiers d’emballage diversifiés, matériel décoratif de courte durée, babioles de tout genre, nourriture pour animaux, boîte de conserve et j’en passe? François Desjardins, dans l’édition du 17 janvier du quotidien Le Devoir, nous fait découvrir ces petits magasins sans éclat qui ont l’art de faire sonner les caisses enregistreuses. Étonnamment, la population est au rendez-vous pour y dénicher un petit quelque chose pratique, utile et souvent jetable après usage. Et ça marche mes amis!

 

Depuis son entrée à la bourse en 2009, l’action est passée de 17,50 $ à plus de 21$. L’origine des magasins Dollarama remonte au début du XXe siècle avec l’arrivée à Montréal d’un libanais du nom de Salim Rossy. Il ouvre son premier magasin dans la Métropole en 1910 qui deviendra au fil des années une grande chaîne de magasins de vêtements et d’articles divers sous l’appellation Rossy. Au début des années 90, la chaîne forte de ses 600 magasins prend le nom de Dollarama avec le créneau d’articles qu’on lui connaît. En 2004, la chaîne passe au fonds américain Bain Capital. Le journaliste François Desjardins exprime l’identité de ce magasin à rabais en ces termes: « Dolarrama est à son créneau ce que Tim Hortons est au café et ce que Pharmaprix est aux pharmacies ». C’est une entreprise en croissance et les profits sont au rendez-vous, ce dont peu de détaillants peuvent se vanter depuis le tsunami de la crise économique et de la récession qui a suivi.

 

La clientèle de ses fameux magasins à rabais est bien entendue, celle du client moyen friand de babioles, de verres de plastiques et de gomme à mâcher. En 2009, l’achat moyen s’élevait à 6,92 $, en hausse de 10% depuis trois ans. La récession ne semble pas avoir frappé de plein fouet cette chaîne qui, sans tambour ni trompette, fait de bonnes affaires auprès d’une clientèle gourmande d’aubaines au quotidien et d’accessoires éphémères dans la durée. Que peut-on acheter pour un dollar? C’est étonnant de constater la panoplie d’articles en défilant dans les allées des magasins de façon générale assez bien ordonnés. Avec l’introduction de la carte de débit, maintenant disponible dans tous les magasins de la chaîne, le montant des transactions enregistrées a plus que doublé. Il faudra donc prévoir l’entrée de la carte de crédit, car des tests sont présentement en cours dans quelques magasins. Oui, le monde à un dollar semblait possible pour la famille Rossy, initiatrice de cette chaîne de magasins à prix modiques.

 

Mais l’ère du prix unique tire à sa fin chez Dollarama, n’en déplaisent aux fans de ce type de magasins. Depuis 2008, les habitués ont vu apparaître une panoplie d’articles offerts à 1,25 $, 1,50 $ et 2 $. Depuis l’apparition du premier magasin en 1992 à Matane, la chaîne très connue des Québécois, trouve de plus en plus difficile de dénicher des produits pouvant être vendus à 1 $, avec un profit intéressant évidemment. Même les produits en provenance de la Chine n’offrent plus cette marge de profit nécessaire à la survie financière. Quoi qu’il en soit, maintes fois la risée d’humoristes bien chevronnés, cette chaîne de magasins habite toujours l’imaginaire collectif des Québécois et aura réussi à s’imposer malgré ses détracteurs. Le monde à un dollar ou presque, pourquoi pas?

Vos commentaires :
"La récession a la couenne dure comme on dit dans les milieux populaires." Eh oui!La recession a la couenne dure.Tous les mirages du passé s'estompent petit à petit,et le consommateur se retrouve avec beaucoup de dettes à payer et pas d'argent liquide pour acheter son pain et son beurre. Il est malheureux de constater que le consommateur a trop cru à tous ces messages télévisés qui lui en ont mis plein la vue.Il était toujours au pas de course aprés des articles, qui lui disait-on lui apporterait le bonheur et la jouissance. Ni le consommateur ni les compagnies qui ont fait ces publicités ont agit en personne responsable,capable de gerer ses propres finances,et voilà ils se retrouvent dans le trou avec "le respirateur artificiel",pour combien de temps?Dieu seul le sait. Oui, et comment la recession à la couen dure.Cela va prendre deux ou trois décennies afin que le consommateur devienne raisonnable et averti et dépense son propre argent pour des articles qu'il a vraiment besoin et non pas bourrés dans son cerveau par des messages publicitaires.


Mme Ani Kassabian
Radio Ville-Marie, la voix des sans voix. Combien de fois ai-je entendu les mêmes voix réptéter ce slogan?. Je me lève aujourd'hui comme l'une de ces voix sans voix. À deux reprises une aide domestique me raconte qu'elle se retrouve depuis près de deux ans une fois par semaine chez une «cliente» malade dont la maison est remplie de boîte de vêtements de toutes sortes. Remplie, le mot n'est pas suffisant, débordée conviendrait mieux. En me confiant cette situation, ma confidente me demande de ne pas répandre l'information, craintive devant les conséquences. La «cliente» a trois adolescents, un mari. C'est donc une famille qui est enterrée sous les boîtes. En ce moment je ressens l'étouffement. Au risque que ma voix s'éteigne je viens vers Radio Ville-Marie emprunter sa voix. À la suite de Mme Ani Kassabian de qui je partage entièrement le propos, vivement mettez votre voix au service de ceux qui prêchent afin d'ouvrir la conscience des consommateurs aux effets maléfiques des appels à la consommation comme source de bonheur.


Rita Rouseau
Le Dollarama fait partie de notre paysage, de nos vies et de nos bourses. Il est à la portée de tout le monde. C'est peut-être cela le succès d'une entreprise, être à la portée de tous et évidemment de toutes les bourses.


Conrad Lanthier

 

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