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Jan
26
2010
La laïcité dans tous ses états

Ah! Ce Québec des accommodements raisonnables! S’il y a un sujet ambigu et sensible dans la belle province, c’est bien celui de notre identité commune. Qui sommes-nous et où allons-nous? Depuis les travaux de l’auguste Commission Bouchard-Taylor, rien ne va plus. Après cette très longue séance au confessionnal à ciel ouvert qui a sillonné les monts et vallées de ce Québec des différences, un long rapport de 37 recommandations éparses fut tabletté et continue de s’empoussiérer depuis son dépôt le 22 mai 2008. Les sensibles sujets des sempiternels accommodements et de l’éternelle place de la religion dans l’espace publique sont à fleur de peau, voire explosifs. Rien n’est réglé mes amis, tout est à faire.

 

Au cours de la fin de semaine dernière, un colloque quelque peu touffu et mal ficelé selon certains observateurs se tenait à l’UQAM sous le thème : « Le Québec en quête de laïcité ». Les débats tantôt sereins, tantôt houleux ont abouti à pas grand-chose pour les tenants d’une laïcité ouverte et souple et pour ceux d’une laïcité à saveur républicaine, rigide et sans compromis sur les signes religieux ostentatoires. Il me semble que dans ce Québec, réputé pour sa tolérance et une certaine sagesse, il serait possible de trouver un modus vivendi, inscrit par exemple dans une charte commune qui nous rassemble et bien entendu, qui nous ressemble.

 

Le débat sur la laïcité remonte à l’incontournable Révolution tranquille, qui a chamboulé l’ordre établi, façonné sous de nouveaux paramètres le Québec moderne, et qui se retrouve continuellement à l’avant-scène lors de questions brûlantes, comme celle des accommodements et de l’enseignement de la religion dans les écoles. Nombre d’iconoclastes hurluberlus et sans discernement foisonnent dans les rangs de groupes populistes malheureusement ignares de notre histoire et de nos traditions. Parfois sans nuances et sans retenues, quelques unités balancent du revers de la main 475 ans d’une histoire fascinante, héroïque et sainte à bien des égards.

 

Nous entendons tous depuis quelques mois la rumeur et la grogne d’un fort mécontentement et d’une contestation orchestrée du cours d’éthique et de culture religieuse (ECR) mis en place par le gouvernement dans toutes les écoles québécoises. Plusieurs groupes d’allégeances variées et même opposées contestent ce cours pour diverses raisons : endoctrinement, propagande du multiculturalisme, faiblesse du contenu religieux traditionnel, fourre-tout interreligieux, perte de repères, etc. Certes, ce cours n’est pas parfait sur toute la ligne, mais il offre tout de même une présentation honorable du phénomène religieux. Tout est perfectible dans cette initiative gouvernementale et approuvée par l’épiscopat québécois. À force de tout contester, mes amis, ce cours risque d’être complètement retiré du programme scolaire et il ne restera plus rien, rien du tout.

 

Dans tout ce branle-bas idéologique, il y a un mouvement laïque ardent et quelque peu propagandiste tenant haut et fort le flambeau d’une laïcité pure et dure. S’il peut sembler facile à première vue de définir la laïcité, il en est autrement dans la praxis, dans le quotidien de nos vies. Nous le savons tous, la laïcité consiste à assurer la séparation de l’État et de la religion. Dans cette perspective, prétendue noble, juste et équitable, l’État doit être neutre. En fait, il ne doit professer ni favoriser aucune religion en particulier et il se doit de garantir tout de même aux citoyens une liberté de culte. Comment rester neutre dans une société marquée depuis ses origines par l’omniprésence du catholicisme qui a façonné son histoire, sa culture, ses institutions et qui continue d’inspirer la vie de millions de Québécois? Nous avons été pétris par la culture judéo-chrétienne jusqu’au bout des ongles, cela n’a rien avoir avec la messe ou le chapelet. Nous sommes marqués à vie de cette culture, cela nous colle à la peau, c’est génétique. Plus l’on rejettera cette culture, celle qui nous a fait naître, plus elle reviendra en force nous hanter. L’avenir du Québec passe irrémédiablement par une réconciliation avec son histoire et ses racines religieuses, sa culture judéo-chrétienne. Ce n’est que par cette voie et pas d’autres que le Québec sortira grandi et retrouvera l’essentiel de son identité commune.

 

Le christianisme, n’en déplaise à ses détracteurs, est une valeur culturelle fondatrice de notre grand pays, de notre province aux allures accommodantes. En fait, c’est l’histoire riche et exceptionnelle de l’Occident tout entier. Saviez-vous que la constitution canadienne, noir sur blanc, reconnaît dans son texte la suprématie de Dieu et non pas celle de la laïcité? Les États-unis maintiennent, sans honte ni regret, sur leur puissant dollar la devise bien connue « In God We Trust ». L’idéal américain d’une laïcité a toujours été inscrit dans le premier amendement en 1791. Mais s’il y a un pays où la religion est omniprésente, c’est bien aux États-Unis d’Amérique. Il en est de même de l’autre côté de l’Atlantique.

 

On a souvent évoqué la France à titre de modèle en ce qui a trait à la laïcité stricte. Même si les signes religieux sont bannis de l’école, l’État subventionne assez généreusement le secteur privé catholique et depuis la loi sur la séparation de l’Église et de l’État (1905), tous les lieux de culte sont devenus à la charge de l’État. Imaginez les sommes colossales investies pour entretenir basiliques, cathédrales et églises patrimoniales. Les diocèses du Québec sont bien envieux de nos cousins français sur ce plan. C’est avec fierté que le Ministère français de la culture appose ses pancartes devant des édifices religieux d’une architecture exceptionnelle. Étonnant, n’est-ce pas pour un État laïque de stricte observance? Le président Nicolas Sarkozy, dans son discours de Riyad le 14 janvier 2008 disait: « Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme… » Il ajoutait : « …j’ai le devoir aussi de préserver l’héritage d’une longue histoire, d’une culture et, j’ose le mot, d’une civilisation. Et je ne connais pas de pays dont l’héritage, dont la culture, dont la civilisation n’aient pas de racines religieuses ». Même dans l’Allemagne laïque les contribuables paient des impôts à l’État et à leur Église. Les Églises sont reconnues comme des collectivités de droits publics, c’est-à-dire qu’elles remplissent une mission d’intérêt général reconnut par l’État. Même si le catholicisme n’est plus la religion de l’État en Italie, il a reçu des contribuables italiens l’an dernier pas moins d’un milliard d’euros par l’intermédiaire de leur impôt personnel.

 

Revenons dans cette belle province aux milliers de clochers et de noms évocateurs de l’histoire religieuse de ce pays. Il faut bien le souligner, comme l’écrivait un professeur émérite de chez nous : « Notre régime de liberté de conscience s’inscrit dans un système constitutionnel qui reconnaît l’existence et la suprématie de Dieu; c’est un préalable qu’on ne saurait occulter. » En ces moments où Haïti vit un cauchemar sans précédent, il y a de quoi susciter de l’urticaire chez les «laïcisants» de la province en entendant les innombrables témoignages de foi du peuple haïtien d’un courage exceptionnel, les invitations incessantes à la prière diffusées dans tous les médias et en voyant tout le gratin politique en prière à l’eucharistie présidée par le Cardinal Jean-Claude Turcotte à l’Oratoire St-Joseph samedi dernier. Il y a de quoi faire rougir ces laïcisants de tout acabit et sans nuances.

 

La population québécoise est favorable, ça va presque de soi, à une laïcité ouverte, respectueuse des origines, de la culture et des traditions québécoises. À mon humble avis, ce n’est que par cette reconnaissance, voire cette réconciliation avec ses origines chrétiennes que la nation québécoise retrouvera avec sérénité sa véritable identité, tremplin d’un avenir harmonieux et prometteur. Renier ses racines, c’est endiguer une partie vivante de ce que nous sommes, c’est soutirer l’inspiration du peuple, l’âme de la nation. Nos illustres devanciers doivent continuer d’inspirer nos choix, notre devenir; en fait, ne doivent-ils pas continuer de vieillir avec chacun de nous?

 

Vos commentaires :
Texte fabuleux! Je souscrit entièrement à vos propos. Ma seule question est comment on reconnaît notre histoire? comment on l'inscrit dans une charte comme vous le dites?


Martin Sicotte
J'aime ce texte et j'y souscrit sans hésitation. J'ai assez hâte de me sentir chez moi à Montréal. Je me sens souvent une étangère dans le métro, dans le bus, à l'épicerie. Je n'entends ma belle langue. On me répond la plupart du temps en anglais. J'ai mal à mon Québec.


Lyne Nantel
Reconnaissance, réconciliation, retrouver etc. Voilà autant de mots qui m'ouvrent la porte du coeur et m'invitent à recommencer. Un nouveau commencement c'est un nouveau jour qui voit poindre la lumière. Oui nous avons besoin d'une nouvelle lumière qui pourtant est la même qu'hier. Alors croyons fermement que ce qui ne jouit plus de l'éclairage est là pour supporter nos courageux efforts d'aujourd'hui. Relier passé,présent et futur c'est l'oeuvre de l'écrivain, porteur de la Parole.


Rita Rouseau
Merci pour cet éclairage et pour votre interpellation. Oui, il faut nous nourrir de nos racines, de notre patrimoine, de notre histoire. J'abonde dans votre sens.


Marie-Louise Renaud
Pas d'accord sur un point, Monsieur. Mieux vaut ne rien avoir du tout plutôt que le cours ECR. Vous êtes drôles, les partisans de ce cours. Tout le monde conteste les programmes et réformes du ministère de l'éducation, mais vous, vous lui faites miraculeusement confiance sur ce point précis. Êtes-vous conscients au moins de votre touchante naïveté? Le gouvernement doit rendre grâces à Dieu pour la passivité soi-disant évangélique de nos évêques (qui sont plus résignés que favorables au cours, et en tous cas plus divisés que vous ne le dites). À moins que ce ne soit parce qu'il y a tellement de leurs anciens confrères défroqués qui sont restés des amis dans les facultés de sciences religieuses (autrefois de théologie), et dont le cours ECR est la planche de salut matériel? Il n'y a pas là de quoi justifier une défense passionnée, même si on peut respecter cette émouvante fidélité personnelle. Je suis cynique? Il y a de quoi. Voir nos pasteurs se terrer plus bas que le sous-sol pendant que tant d'autres intervenants se prononcent, cela n'inspire guère le respect.


Benoît Morin

 

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