Au Québec, qui ne connaît cette bonne vieille toune de la famille Soucy si joyeusement fredonnée dans la période festive entre Noël et le Jour de l’An : « Prendre un verre de bière mon minou; Prendre un verre de bière right through; Tu prends un verre, tu m'en donnes pas; J'te fais des belles façons; J'te chante des belles chansons; Donne-moi z’en donc »? L’alcool a toujours eu une place importante dans la vie sociale des Québécois. Certes, au fil des années, la consommation s’est raffinée, le petit caribou de l’oncle Charles a fait place au vin recherché et de gamme. Le Québécois moyen a modifié considérablement ses habitudes au cours des récentes décennies sans toutefois en réduire sa consommation. Y a-t-il péril dans la demeure?
Voilà que l’Organisation mondiale de la santé, après la cigarette et l’obésité, se lance dans une campagne pour réduire les effets nocifs de l’alcool. Dans un excellent dossier du journal La Presse, préparé par Mathieu Perreault et publié samedi dernier, nous découvrons combien l’alcool est devenu un enjeu majeur de santé et qu’il affecte non seulement les consommateurs, mais surtout leur environnement. Nous sommes tous conscients de l’omniprésence des boissons alcoolisées dans notre quotidien et sans doute témoins des nombreux écarts de langage et de comportements chez plusieurs consommateurs. Nous avons tous ou presque un membre de notre famille aux prises avec une problématique sérieuse reliée à la consommation d’alcool.
Lors de la 61e Assemblée mondiale de la santé en mai 2008, les membres avaient adopté une importante résolution demandant que soit élaboré un projet de stratégie mondiale d’ici 2010. Il est bon de prendre conscience que l’usage nocif d’alcool est le cinquième facteur de risque par ordre d’importance de décès prématuré dans le monde. Dans les pays développés, c’est le troisième facteur de risque après le tabac et l’hypertension. En fait, la charge de morbidité imputable à l’usage nocif de l’alcool est significative, voire dramatique dans certains pays. Les problèmes reliés à la consommation exagérée d’alcool sont devenus une charge sanitaire et socioéconomique considérable. Mais l’on ne peut aborder la réduction de la consommation d’alcool sur le modèle de celle de la cigarette! Nous sommes à des lieux des effets de la fumée secondaire indésirable et intolérable. On ne peut aborder cette problématique de la même manière et il faudra faire place à la créativité.
Selon l’OMS, « malgré les différences régionales, nationales et locales concernant les modes et le contexte de la consommation d’alcool, on estime que l’usage nocif d’alcool était à l’origine de quelque 2,3 millions de décès prématurés dans le monde. » Ce n’est pas rien! L’usage nocif de l’alcool chez les jeunes et les femmes constitue un sujet de préoccupation dans de nombreux pays dont le Canada. Au Québec, la première cause de mortalité routière chez les jeunes est l’alcool au volant. Les dommages collatéraux de cette réalité accablante sont bien connus et nombreux : dérèglements généralisés, homicides, actes de violence, sous-emploi et absentéisme, etc. Tous les groupes sociaux sont affectés. Les chiffres révélés par les organismes de santé sont parfois alarmants.
Rappelons-nous ici tout récemment les extravagances des championnes de l’équipe féminine de hockey à Vancouver qui avaient soulevé un tollé en voulant faire la fête dans l’enceinte du stade. Au Canada, l’âge autorisé pour consommer de l’alcool varie d’une province à l’autre. On estime que le Québécois moyen consomme l’équivalent de 8,1 litres d’alcool pur par an. Saviez-vous que la SAQ, à elle seule, a vendu plus de 350 000 litres de vin en 2009? Selon des statistiques récentes, on estime que la consommation par habitant a diminué de 5% de 1988 à 2008 au Québec; en Ontario, c’est 23%. Il faut dire que les Ontariens partaient de fort loin. L’alcool fait partie intégrante de la vie normale de la majorité d’entre nous. Au fil des années, le slogan « La modération a bien meilleure goût » semble socialement intégré et culturellement accepté.
Selon les plus récentes enquêtes, les Québécois ont une assez bonne idée de ce qu’est une consommation modérée. Selon un sondage d’Éduc’alcool-CROP, fait en 2007, les Québécois évaluent la modération à 2,4 verres d’alcool en moyenne. Les interdits dans la lutte aux abus nocifs ne risquent de s’avérer que des mesures contraignantes et qui n’invitent pas à une autonomie réelle. Ce n’est que par l’éducation et la prise de conscience des effets de l’alcool que l’on réussira à endiguer ou à minimaliser les abus nocifs. Cela prend temps et patience mais s’avère porteur de succès et d’avenir. Selon de nombreux spécialistes, la consommation d’alcool possède bien peu d’avantages en comparaison de nombreux risques qui lui sont attribués. C’est un fait et il n’est pas nécessaire ici d’en faire une large démonstration.
Bien que certains affirment que la consommation d’un verre de vin rouge par jour contribue à diminuer les risques de problèmes cardio-vasculaires, la consommation d’alcool abusive, selon un large consensus médical, peut avoir de lourdes conséquences. Nous le savons tous, l’alcool est avant tout une source de calories vides. N’oublions pas, même les petits excès finissent par être dangereux, surtout s’ils sont fréquents. Une consommation modérée est donc toujours de rigueur. Oui, le liquide dans son verre peut être rouge, doré ou blanc. Avec des bulles, des cerises ou des glaçons, ce sera toujours le même effet. L’alcool et ses excès, mes amis, parlons-en sans modération.