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Déc
15
2009
Des traces dans la neige

Décembre s’est enfin installé avec sa neige blanche. Nous avons sorti ces jours-ci, sans trop d’enthousiasme, pelles et grattoirs. Il y a des habitudes et des rituels hivernaux qui nous tirent un peu l’oreille, qui nous répugnent passablement. En cette période, les innombrables invitations et partis de bureau sont au programme de nombreuses entreprises et les réclames publicitaires des commerçants inondent largement les médias de tout genre. C’est le temps de passer au cash, comme on dit souvent à la blague, avec des dizaines de cadeaux pour faire plaisir et célébrer comme il se doit ce temps unique de l’année. Mais il n’est pas certain que tous en auront les moyens!

 

Globalement il semblerait que, malgré les soubresauts et les effets de la crise économique, les détaillants n’ont rien à craindre et que les consommateurs seront au rendez-vous. Selon les données recueillies par le Conseil québécois du commerce de détails (CQCD) sur les intentions d’achat des Québécois, le budget du temps des fêtes de ces derniers sera de 2,15 milliards de dollars. C’est à peu celui de 2008! Chaque Québécois prévoit dépenser 637$ cette année, comparativement à 644$ l’an dernier. De cette somme, 60% iront aux cadeaux qui font plaisir et le reste sera utilisé pour des achats de nourritures succulentes et de boissons abondantes.

 

Même si la baisse des dépenses sera un tantinet inférieure à l’an dernier, le Conseil québécois du commerce de détails note toutefois la tendance d’un petit recul des prévisions de dépenses depuis les quatre dernières années. En 2007, les Québécois prévoyaient dépenser 681$, c’était 711$ en 2006. Dans ce vaste sondage, on y apprend que les gens prévoient acheter cette année des cadeaux pour 6,5 personnes, une petite hausse par rapport à l’an dernier. Les certificats-cadeaux gagnent toujours en popularité et récolteront 41% des achats. Ce n’est pas rien. D’où l’importance des mesures gouvernementales pour réglementer l’utilisation de ces cartes et les dates limites d’utilisation imposées par les détaillants. Cette une affaire de gros sous et les utilisateurs de ces cartes étant souvent lésés par la péremption imposée. Ce sont les centres commerciaux qui seront les plus achalandés par 58% des consommateurs. Imaginez, selon le sondage, 25% des Québécois avaient déjà commencé à acheter leurs cadeaux de Noël en octobre dernier.

 

Les Québécois aiment la fête de Noël, je dirais toutes les fêtes! Nous aimons nous rencontrer, rire et chanter. Il y a dans nos gènes cette bonhomie légendaire, ce goût de la rencontre de l’autre, ce côté sympathique qui plaît tant aux nouveaux venus, aux touristes de par le monde. Nous n’avons qu’à penser aux centaines de festivals annuels qui attirent d’année en année des gens de partout. C’est sans aucun doute le goût d’exprimer ce que nous sommes, de chasser les démons qui nous tenaillent, de briser l’isolement et l’individualisme ambiants. Nous sommes tout de même des êtres de relation quelque peu colorés, il va sans dire, par nos origines latines.

 

En fait, les traditions de Noël et du Nouvel An sont profondément ancrées chez nous, n’en déplaisent aux promoteurs des accommodements raisonnables de tout acabit. Il y a des rendez-vous, des fêtes, des traditions qui forgent un peuple, qui célèbrent son identité et ses racines. La fête de Noël fait partie de nos manières d’être, de vivre et de se projeter dans l’avenir. Nous sommes des francophones d’Amérique façonnés par nos racines judéo-chrétiennes, marqués par les traditions du catholicisme, habités par les valeurs profondes et inspirantes du christianisme.

 

Les 475 ans d’histoire de nos racines communes que nous soulignons cette année ont laissé des traces dans les humbles vies de nos prédécesseurs et dans nos propres vies. La fête de Noël est un temps propice pour revisiter ce parcours historique qui nous a façonné à travers les succès et les échecs, les rêves et les contradictions. Il y aura toujours des blessures à cicatriser, des réconciliations à entreprendre, des gestes de solidarité à poser, des moments phares à célébrer. Dans notre histoire récente, comme le disait Denise Bombardier lors d’une entrevue qu’elle m’accordait : « Ce n’est pas vrai que l’on sort indemnes de deux référendums manqués où personne n’a réellement gagné ».

 

Comme des traces de pas dans la neige, des empreintes ont marqué nos vies à jamais. Elles s’imprègnent de valeurs et d’idéaux que nous ont légués des gens exceptionnels. Nos prédécesseurs, nos devanciers ont laissé des traces riches de sens dans les chemins sinueux de notre histoire commune. Il y a dans l’aventure d’un peuple des hommes et des femmes qui mettent généreusement leur vie au service des idéaux de la nation. Dans la destinée d’un peuple, il y a des gens qui se donnent, se mettent ensemble pour le bien commun, le devenir collectif. Il faut rendre hommage à ces gens, qui souvent dans l’ombre, donnent d’eux-mêmes sans compter et font avancer le meilleur du nous collectif.

 

Il ne reste qu’à espérer que le réchauffement climatique ne fera pas disparaître ces traces dans la neige qui nous rappellent symboliquement ces passages remarquables dans nos vies et dans notre histoire commune. Noël, la fête de la naissance d’un Enfant qui se fait proche, un temps de reconnaissance et de renaissance.

 

Vos commentaires :
Quel texte superbe! J'apprécie grandement la profondeur des propos de vos paroles. En ce temps de préparation à la grande fête de Noël, cela est riche de sens. Grand merci de nous faire réfléchir à nos racines.


Diane Crevier
Texte très inspirant. J'ai lu cela avec beaucoup d'intérêt. Bravo!


Paul Mathieu
Notre histoire comprend aussi l'histoire de notre Église catholique. Ma reconnaissance va vers Marguerite Bourgeois fondatrice de la Congrégation Notre-Dame, une femme qui a laissé des traces dans la neige de notre pays. La maganime voyagère, comme l'écrivait Rina Lasnier, s'engagea un jour à faire le trajet Montréal-Québec afin d'aller rencontrer les autorités religieuses. De quel courage, de quelle bravoure fallait-il être muni pour entreprendre pareil voyage!


Rita Rousseau
Cet écrit nous permet un pèlerinage dans nos valeurs historiques personnelles et collectives. Je souhaite que de nombreux lecteurs s'en nourrissent pour un regain de joyeuse espérance en ce Temps des fêtes dont le Centre et le Sens se focalisent sur un Enfant divin qui nous offre un amour toujours ouvert sur un avenir meilleur.


Fr. Rosaire Bergeron s.c.
En Occident, il y a deux manières de fêter Noël : l’une s’exprime par de multiples formes de regroupements. Ceux-ci peuvent être familiaux ou amicaux. Les participants mangent, boivent et s’échangent des cadeaux. Rien de plus naturel. Cette tradition est toujours vivante. Elle doit rester et se perpétuer. L’autre façon de faire inclut la fête familiale et l’échange de présents mais se situe cependant sur un tout autre plan. La célébration de Noël prend ici une dimension surnaturelle. Les chrétiens rappellent, en cette nuit magique, que Dieu fait un geste sans précédent pour l’humanité. Il réalise quelque chose d’impossible à comprendre pour nos propres intelligences limitées. Dieu prend chair, comme tous les hommes, et vient vivre, comme tous les hommes, une vie d’homme. Il vient annoncer ce que l’humanité n’aurait jamais pu savoir par ses propres moyens : le cœur de Dieu est Amour. N’est qu’Amour. Assez pour délivrer tout homme du terrestre et l’amener, un jour, dans le céleste. Le Dieu des chrétiens est Père, Fils et Esprit. Il est une spirale d’Amour. La première manifestation historique de cet Amour inconditionnel de Dieu s’exprime dans la Création. Le monde est sorti d’un don de Dieu. Le monde subsiste par un don de Dieu. L’homme sera régénéré par un don de Dieu. La deuxième manifestation d’amour a eu lieu il y a 2000 ans, moins de 800,000 jours. C’est donc tout récent. Dieu a envoyé son propre Fils refaire ce «monde cassé» par le mal et inviter sa créature, par grâce, à la divinisation éternelle. La deuxième manifestation de Dieu dans le monde (naissance de Jésus) n’est rien de moins que Dieu lui-même incarné dans ce monde qu’Il aime et qui vient dire, dans une chair d’homme, une nouvelle jusque-là inconnue de tous: Dieu est Amour. A la messe de minuit, les chrétiens chantent : « Ah! Quel grand mystère ! ». Avec raison. Dieu est présent, mystérieusement, dans l’Enfant de la crèche. Telle est la foi de Noël. Scandale pour les uns, seconde manifestation inconditionnelle de l’amour de Dieu pour l’humanité pour les autres. Que se passe-t-il au moment de l’Incarnation? Le Saint-Esprit, - mais avec lui c’est la Trinité tout entière qui agit - forme dans le sein de la Vierge Marie une nature humaine toute pareille à la nôtre, composée comme la nôtre d’un corps et d’une âme, le corps étant fait ici du pur sang de la Vierge, et l’âme étant créée de rien à l’instant même de son infusion dans le corps. Et à l’instant même où cette nature humaine est ainsi miraculeusement formée dans le sein de la Vierge, elle est nouée à la Personne divine du Verbe. Dès lors, la seconde Personne de la Trinité, la Personne infinie du Fils de Dieu, possède, et possédera pour toujours deux natures : depuis toujours, elle possède en commun avec le Père et l’Esprit saint la nature divine; à l’instant de l’Incarnation, elle s’approprie en outre, elle attire à soi, elle assume la plus parfaite des natures humaines qui ait jamais existé et qui existera jamais. Le Christ, en naissant, prend la tête de l’humanité renouvelée, sanctifiée par Lui. Il est le nouvel Adam. Il annonce que l’homme est plus grand que sa faute, et que Dieu le ressuscitera pour la vie éternelle. L’Église, fait mémoire de cette mystérieuse réalité dans chaque Eucharistie. Elle annonce les hauts faits de Dieu, et de plus, elle proclame le retour du Seigneur, les temps accomplis. Ce sera la dernière et l’ultime manifestation de l’Amour de Dieu. Il n’y en aura pas d’autres. Tout chrétien, le soir de Noël, devrait avoir l’esprit centré sur ces trois manifestations de Dieu : création, incarnation, retour du Seigneur. En attendant ce retour, les yeux collés sur la terre, chacun, peu importe ses croyances, doit travailler pour un monde de justice et de paix.


Nestor Turcotte

 

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